Mika Häkkinen

L'éloge de la paresse

Comme beaucoup de gens doués, Häkkinen était partisan du moindre effort. Témoignages. Dick Bennets, son chef d'écurie en F3: "Après notre première séance d'essais, je tends à Mika un plan du circuit, un stylo, et lui demande de décrire le comportement de sa monoplace virage par virage. Je reviens un peu pus tard. Le motor-home était vide. La feuille, blanche. Il était rentré à l'hôtel."  Julien Bailey, son équipier en F1 chez Lotus: "Mika ne réservait jamais de voiture de location. A Imola, je lui dis: "Ok, je t'emmène, mais tu prends la carte et tu me guides." A la première intersection, il dormait." Suzanne Radbone, enfin, intendante du team Lotus: "J'avais une maison près de l'usine, pour loger les visiteurs; Au téléphone, je lui décris les lieux. Le lendemain, Mika sonne et demande où est sa chambre. AU nombre de ses bagages, j'ai compris qu'il emménageait. C'est le syndrome DiCaprio: il vous fixe de ses yeux bleus balayés d'une mèche blonde. Et vous ressentez une irrésistible envie de l'aider."

Häkkinen n'était pas né fortuné. Alors, il fut entouré à toutes les étapes de sa carrière d'une chaîne de solidarité et finit par s'en trouver fort aise. Mais il arrive chez McLaren au mauvais moment. résultat: six saisons sans victoire. Pour ses débuts chez McLaren, à Estoril, Mika avait pourtant battu son équipier Senna aux essais. certains persistent à voir en lui une bombe à retardement.

En fait, Mika attend que le succès revienne frapper à la porte de McLaren. Ce n'est pas un sot calcul. Et puis, entre Ron Dennis et lui, il y a une sorte de pacte, signé avec du sang. Fin 1995, sa McLaren percute un rail à 220 km/h à Adelaïde. Mika ne respire plus. Sa mâchoire est bloquée. Deux médecins pratiquent une trachéotomie de fortune. Après ce voyage dans les limbes, où était-il vraiment durant la saison 1996? Il n'a répondu que bien plus tard: "Je ne l'ai pas crié sur les toits, car la F1 n'accorde pas le droit à la faiblesse, mais j'ai dû lutter pour revenir au combat." Ron Dennis se rapproche de Mika. Il a désormais une dette envers lui.

Lors de l'ultime course de la saison 1997, Häkkinen remporte sa première victoire en F1, à sa quatre-vingt-seizième tentative. Il y eut des vainqueurs plus précoces. Mais la machine est lancée. Elle ne s'arrêtera plus. En 1998, Mercedes sort un V10 de poids et de dimensions réduits. Autour de ce bijou, Adrian Newey dessine une McLaren qui file comme le vent. Mika enlève huit victoires et le titre: " J'ai patienté longtemps. Mais la F1, c'est comme un mariage. Vous ne partez pas à la première déception." Erja acquiesce. elle travaillait à Nice dans l'agence de voyages où Mika achetait ses billets. Il l'a épousée. Encore un soucis de moins.

La saison suivante, Schumacher se brise une jambe à Silverstone. Il suffit dès lors au Finlandais de repousser les timides assauts d'Irvine, le deuxième pilote Ferrari, pour conserver son titre. En 2000, Häkkinen lutte contre Schumacher jusqu'à Spa. Un vieux contentieux les oppose. A Macao, fin 1990, virtuel Championnat du monde de F3, Mika avait remporté la première manche de la course, loin devant Schumacher. A vouloir contrôler l'Allemand lors de la seconde manche, il le suit de trop près. Dans le dernier tour, Michael commet un écart dans sa courbe rapide. Mika s'engouffre. Mauvais réflexe: c'est un piège. Schumacher se rabat et l'envoie dans le rail.

De cet incident, Mika n'a jamais reparlé. A Spa, dix ans plus tard, il presse Michael à deux tours de l'arrivée. Les deux hommes rattrapent un attardé en haut du raidillon de l'Eau rouge, Schumacher devine que Häkkinen, tapi dans son aileron, ne l'a pas vu. Il s'écarte au dernier moment pour doubler par la gauche. Plutôt que de couper son élan pour éviter la collision, Mika passe par la droite, deux roues dans l'herbe, puis règle le compte de Schumacher sur sa lancée. De retour au parc fermé, Häkkinen se dirige vers le pilote Ferrari, resté casqué et sanglé. Il lui parle, longtemps. Que lui a-t-il dit exactement? Des mots de pilotes, qui n'appartiennent qu'à eux, et qu'il ne répétera pas.

Comme s'il avait enfin vengé Macao 1990, il laisse ensuite filer Schumacher vers le titre. Puis, après une cascade d'abandons en début de saison 2001 (erreur dans la source où ils indique 1991, je me suis permis de rectifier), semble perdre tout intérêt pour la F1. La roue de la fortune a tourné. Mika le sait, elle ne reviendra pas de sitôt. Alors, il s'en va, tranquillement.

Biographie et Palmarès:

Né le 29 septembre 1968 en Finlande, il aura participé à 161 Grands Prix de 1991 à 2001 - 20 victoires - 26 pole positions - 25 records du tour - 420 points marqués - Champion du monde en 1998 et 1999.

Source : "Pilotes légendaire de la Formule 1 - édition Tana - textes Xavier Chimits - 2006"

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