Michael Schumacher

Le plus grand vainqueur

Aimez-vous Schumacher? Normalement, la question ne devrait pas se poser. La foule est légitimiste, elle aime les vainqueurs. Mais cette règle ne vaut pas pour Michael Schumacher le plus grand pilote de l'histoire de la F1 n'est pas un champion populaire.

Pourtant, son palmarès donne le vertige: une montagne de titres, victoires, pole positions, records du tour et points marqués. Tous les records de la F1 sont tombés sous ses roues. Il les a hissés à une telle altitude que, là-haut, aucun pilote ne le rejoindra jamais. De surcroît, personne n'est resté si longtemps au sommet : quinze saisons consécutives à remporter au moins un Grand Prix, de 1992 à 2006. Enfin, jamais Michael n'a hérité d'une situation acquise. En son temps, Fangio sautait d'une écurie à l'autre pour atterrir chaque année dans le meilleur baquet: cinq titres acquis dans quatre équipes différentes ! Schumacher est d'un autre métal : il construit. Hors de brefs débuts chez Jordan, il n'a couru que sous deux casaques : Benetton et Ferrari. Quand il est arrivé chez Benetton, cette écurie ne gagnait pas. Quand il a rejoint Ferrari, la Scuderia ne gagnait plus. On sait ce qu'il est advenu ensuite.

Alors, d'où vient le désamour manifesté par le public à l'égard de cet immense pilote? Et cette froideur, chez les journalistes? L'explication tient en deux points. D'abord, dès le départ, la F1 a inconsciemment reproché à Schumacher d'avoir succédé à Senna. elle aimait tant le brésilien qu'en cette funeste saison 1994 tout pilote sacré à sa place passait forcément pour un imposteur. Ce fut Michael. Puis, elle a pointé du doigt ses mauvaises manières: Adelaïde 1995, Jerez 1997, ses départs en diagonale, ses sorties des stands à la hussarde, ses rudes manoeuvres défensives. Avec le temps et les titres, Schumacher aurait pu adoucir ses moeurs. Mais Michael est ainsi fait. C'est de l'ordre du réflexe: dès qu'il se sent menacé, il ressort la panoplie des mauvais coups apprise en kart, école de la rue. Et ensuite, il se réfugie dans un déni d'autant plus vain que les télévisions du monde entier repassent en boucle les images de sa faute, au ralenti.

Les mauvais coups, passe encore. La F1 est un sport de combat. et nul ne reproche à un boxeur d'être violent. En piste, Michael ne fait pas de prisonniers. telle est sa vision du sport automobile.

Pas très romantique, mais efficace; la F1 justifie les moyens. Très bien. Mais alors, qu'il l'assume au lieu de jouer les éternels incompris. Car à nier l'évidence, Michael fait rire de lui, à commencer par les autres pilotes.

Dernière pièce au dossier: les essais du GP de Monaco 2006. Michael a-t-il vraiment simulé un freinage manqué pour garer sa Ferrari en épi face au rail, obstruer la piste et ruiner ainsi le tour d'Alonso qui allait lui ravir la pole? Il jure que non. Ses adversaires, ainsi que les commissaires qui l'ont rejeté en dernière ligne de la grille de départ, étaient unanimes: coupables ! Schumacher a probablement ruiné là l'ultime chance de se réconcilier avec le public. Car il est trop tard maintenant, son histoire est écrite. Un champion n'est pas qu'un bilan comptable. C'est aussi la faculté d'enflammer les foules, de toucher les coeurs, de marquer la mémoire de son sport. Le jour om il s'en ira, Michael laissera derrière lui le souvenir d'une machine à gagner. C'est peu, c'est tout.

et c'est dommage... Il faudrait, pour rétablie la balance, rappeler que Schumacher, fils de maçon comme Fangio, n'a jamais eu droit à l'(insouciance, qui est le bonheur des enfants. Qu'à partir du moment où il est monté sur un kart il est passé de mécènes en managers puisque son père ne pouvait pas financer son ascension. Dès lors, en retour, il était obligé de gagner. Sinon, il serait devenu mécanicien, son premier métier. Il faudrait dire aussi qu'il a longtemps sauvé la F1 de l'ennui, quand il se battait au volant de Benetton ou de Ferrari, qui ne valaient pas la Williams de Hill ou la McLaren de Hakkinen. Qu'il est fidèle en amitié, en amour, reste attaché à des valeurs simples quand l'argent et la gloire auraient pu le griser. Qu'il préfère jouer au football avec ses copains en Suisse, emmener sa famille en vacances en Norvège ou aux États-Unis, là où nul ne le connaît, plutôt que de fréquenter entre deux courses les grands de ce monde.

Oui, il faudrait... Mais à quoi bon, puisque personne ne l'entend? Dans un siècle cathodique, il ne suffit pas de vaincre. Il faut aussi plaire. Sur ce chapitre, Michael Schumacher a échoué. C'est sa seule défaite. mais elle est immense.

Biographie et Palmarès:

Né en Allemagne le 3 janvier 1969 - 245 Grands Prix depuis 1991 à 2006 (n'est pas comptabilisé les années 2007 à 2012 avant son accident de ski en décembre 2013) - 89 victoires - 68 pole positions - 74 records du tour - 1144 points marqués  Champion du Monde en 1994, 1995, 2000, 2001, 2002, 2003 et 2004

Source : "Pilotes légendaire de la Formule 1 - édition Tana - textes Xavier Chimits - 2006

Palmarès jusqu'à la fin de sa carrière en F1 :

 

19 saisons en championnat du monde de F1 - 307 départs en Grands Prix - 7 titres de champion du monde - 68 pole positions (record battu par Lewis Hamilton en 2017) - 91 victoires - 40 victoires depuis la pole position - 13 victoires dans une année (en 2004) - 7 victoires consécutives - 19 podiums consécutifs - 43 deuxième place - 21 troisième place - 155 podiums au total - 115 départs en première ligne - 77 meilleurs tours - 10 meilleurs tours dans une saison (en 2004) - 1560 points marqués - 24 Grands Prix consécutifs dans les points - 22 hat tricks - 142 Grands Prix en ayant mené au moins 1 tour - 16.699 tours parcourus (80.599 km parcourus) - 24.148 km en tête - 5.111 tours en tête.

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