John Surtees

Le Champion des deux mondes

Valentino Rossi a du talent. Il l'a montré en essais privés sur une Ferrari F1. Mais l'Italien doit encore gravir des montagnes s'il veut rejoindre John Surtees, sacré champion du monde sur deux et quatre roues : sept titres sur MV Agusta de 1956 à 1960, puis un titre en 1964 sur Ferrari. Duke, Hailwood, Agostini ou Cecotto, qui furent eux aussi les plus grands motards de leur temps, n'ont pas retrouvé le même statut sur quatre roues: seul Hailwood parvint à monter sur un podium en F1. Surtees était donc unique. Pourtant, il n'occupe pas le rang qui lui revient dans la mémoire de la F1, car John n'a rien fait pour nourrir sa légende. Jamais la F1 ne connut champion plus austère, plus intransigeant.  Fils de concessionnaire moto et ingénieur de formation, Surtees ne pouvait piloter sans comprendre, améliorer, créer. Sa vision était globale et sa curiosité insatiable. Quitte à froisser ses ingénieurs : "J'ai peut-être souffert dans ma carrière d'un excès d'enthousiasme. Je suis ainsi fait ; je m'investis pleinement."

Six victoires en treize ans de F1, c'est peu pour un homme qui aurait pu dominer la décennie 60. Ses trajectoires étaient fluides. Il aimait le combat de près. Et surtout, peu importe le nombre de roues, il avait reçu le don de la vitesse. La première fois qu'il teste une F1, fin 1959, il est à une seconde de Moss. Deux courses pour se faire la main, et John débute en Grand Prix chez Lotus. Sa progression est fulgurante : 14ème temps à Monaco, 11ème temps à Silverstone, pole position à Porto deux seconde devant son équipier Clark. Sans un tête-à-queue, Surtees aurait remporté le GP du Portugal, sa cinquième course en monoplace ! Commentaire de Moss: "J'espère que John va retourner vers ses motos. Sinon, il ne tardera pas à nous battre."

Surtees garde la tête froide. Il quitte Lotus. Car il y a déjà un ingénieur : le patron. Et, se jugeant trop tendre pour accepter des galons de premier pilote, il préfère faire ses classes dans de petites écuries. En 1963, il se sent mût et rejoint Ferrari. Où il met d'emblée le doigt sur la plaie en déclarant que si la Scuderia veut gagner, elle doit concentrer ses moyens sur le F1 plutôt que les disperser en Sport-Prototypes...

Enzo Ferrari retient la leçon, mais ne l'appliquera que dix ans plus tard, au bénéfice de Lauda. Surtees a claqué la porte depuis longtemps. Début 1966, il était en tête du championnat, après sa victoire à Spa. Au Mans, le directeur sportif de Ferrari désigne Scarfiotti, pourtant moins rapide, pour prendre le départ de leur P3. UN coup de fil à Enzo Ferrari et ses moeurs byzantines. Mis devant le fait accompli, Enzo l'appelle:" Je lui ai dit qu'il y avait deux perdants dans l'affaire, Ferrari et lui..." Bien vu : la Suderia mit une décennie à retrouver les sommets, Surtees n'y revint jamais.

Il crut toucher au bonheur chez Honda. Les Japonais, épris de culture moto, le vénéraient. Ils ne se vexèrent pas lorsque John prit en charge la conception de la RA300 qu'i mena à la victoire à Monza en 1967. Mais Honda renonça à la F1 en 1968. Surtees avait goûté à l'indépendance. La seule évolution logique était pour lui de créer son écurie. Les Surtees étaient bien conçues. Il leur manquait le principal : l'argent. Car John était aussi habile avec les sponsors qu'une poule avec un couteau. De surcroît, il n'était plus obligé de transiger, puisque maître chez lui. Un team manager engagé dans un moment de faiblesse fut renvoyé dans ses foyers. Réflexion faite, Surtees ne voyait pas son utilité. A ne rien vouloir déléguer, il s'épuise, et abandonne le volant en 1972 pour se consacrer à son équipe. Ce fut pire encore : John était persuadé qu'"il pouvait aller plus vite que ses pilotes...

En 1980, ce Don Quichotte finit par jeter l'éponge. Pendant dis ans, il rompt avec le sport automobile, restaure sa collection de motos, recueille dans l'étang de son manoir des cygnes blessés. Bernie Ecclestone, ex-motard, n'a pas oublié l'idole de sa jeunesse. Il l'invite à piloter une vieille Mercedes F1 en lever de rideau des Grands Prix. Et la F1 redécouvre un homme apaisé, d'une exquise politesse, d'une infinie culture. L'hiver dernier, à 71 ans, Surtees a repris du collier pour diriger l'équipe anglaise en A1 GP, série opposant des monoplaces peintes aux couleurs d'un pays. Et n'a pas eu des mots d'ancien combattant lorsqu'il a appris que Rossi voulait suivre ses traces : "Je lui souhaite de tout coeur réussir. Je suis persuadé qu'il y parviendra."

Biographie et Palmarès:

Né le 11 février 1934 en Angleterre, il a disputé 111 Grands Prix de 1960 à 1972 - 6 victoires - 8 pole positions - 11 records du tour - 180 points marqués - Champion du monde en 1964.

Source : "Pilotes légendaire de la Formule 1 - édition Tana - textes Xavier Chimits - 2006"

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