Ayrton Senna

"Je n'ai pas choisi cette date par hasard pour publier un petit "Hors Sujet" sur lui, car  il aurait eu 60 ans ce 21/03/2020"

 

Jusqu'où serait-il allé?

Plus de dix ans (en 2006 date de la source), {aujourd'hui cela fait bientôt 26 ans}, ont passés. Et il est toujours aussi difficile de parler objectivement, sereinement, de cet homme dont la mort précoce à transformé le destin en légende. D'expliquer pourquoi, partout dans le monde en ce 1er mai 1994, des gens se mirent à pleurer comme s'ils avaient perdu un être cher, qui faisait partie de leur vie.

 

Il y avait quelque chose de poignant dans le personnage d'Ayrton Senna. Un mélange de force et de fragilité, d'arrogance et de doute, de maturité et de naïveté, qui donnait à ce Brésilien tourmenté le charme des héros mal compris. En vérité, Senna poursuivait un noble but, la perfection, rien de moins.

Sa passion pour la F1 était proche du mysticisme. Il aurait pu se reposer sur ses dons, qui étaient immenses, et mener l'existence légère d'un prince de la vitesse. Mais Ayrton épuisait ses équipiers, ses ingénieurs, dans d'interminables réunions techniques. Il voulait tout savoir, tout vérifier. Il était le dernier pilote à quitter le circuit, le soir, après avoir effectué un dernier crochet par son stand. Même s'ils ne comptaient plus les heures de sommeil perdues parce qu'Ayrton leur demandait de peaufiner un détail sur sa monoplace, ses mécaniciens l'adoraient. Car chaque fois que Senna signait une pole position, et il y en eut beaucoup, il leur serrait la main un à un, avant d'aller répondre aux questions des journalistes.

Ayrton fut moins populaire auprès de ses pairs. A peine sacré champion d'Angleterre de F3, il avait débarqué en F1, en 1984, à une époque où les fortes personnalités étaient légion: Lauda, Prost, Rosberg, Piquet, Mansell. La coutume voulait alors qu'un jeune pilote commence par saluer poliment ses aînés. Avec la violence des timides, Senna était entré en donnant un coup de pied dans la porte. Il s'en fallut d'un tour ou deux pour qu'il ne remporte son cinquième Grand Prix, à Monaco, sur une modeste Toleman. Il pleuvait tant que la course fut interrompue au moment où le Brésilien, survolté, allait déloger Prost. Sensibilité à fleur de peau, il hurla à l'injustice, presque au complot. En retour, puisque la F1 ne pouvait rien contre le pilote, elle s'en prit à l'homme. La cabale prit plusieurs formes. Piquet chercha à le déstabiliser en insinuant qu'Ayrton n'aimait pas les femmes. Sa foi fut tournée en dérision. Lauda et Mansell se plaignirent de son agressivité au volant, procès bientôt repris par la FIA. L'atmosphère au sein de l'écurie McLaren vira à la guerre de tranchée entre Prost et lui. C'était Senna contre la F1 toute entière. Et comme souvent en pareil cas, le public prit fait et cause pour celui qui était apparemment le plus faible : le jeune homme au visage grave. Au point de lui pardonner ses excès. Car sous ses airs angéliques, Senna n'était pas un saint au volant, lui qui appliquait sans remords les manoeuvres d'intimidation apprises lors de ses longues années en kart. Et remporta son deuxième titre mondial, à Suzuka en 1990, sur un KO par coup bas, en percutant la Ferrari de Prost dès le premier virage. Mais son pilotage était lumineux. Lorsqu'il prenait la poste lors des séances de qualifications, la foule retenait son souffle, tant Senna semblait rouler sur un fil.

Au fil des années, les champions qu'il avait déboulonnés, Piquet, Prost, Mansell, vinrent à quitter la F1. Et le meilleur pilote du monde finit par signer dans la meilleure écurie, Williams. L'association aurait dû être imbattable, pendant plusieurs saisons. A moins que Senna n'ait préféré rejoindre Ferrari, comme il en nourrissait secrètement le projet, afin de boucler la boucle. Schumacher commençait à poindre, mais était encore tendre. Alors, dans les deux cas, combien de pole positions, de victoires, de titres, Ayrton aurait-il ajoutés à son palmarès si sa trajectoire ne s'était pas brisée contre un rail, à Imola? Et surtout, jusqu'où serait-il allé, après la F1 ?

Ce fils de riche industriel de Saõ Paulo s'intéressait à la politique, aux affaires. Il était la fierté du Brésil. Il se sentait investi d'une mission envers son pays, où il avait créé une fondation pour les enfants des rues. Son destin était là-bas et l'aurait porté vers les plus hautes responsabilités.

La cause de son accident ne fut jamais élucidée. Sans doute une rupture de la colonne de direction, quoi qu'ai pu en dire l'écurie Williams. Après tout, peu importe. Il n'est qu'une consolation : quand sa Williams a quitté la piste, Senna était en tête du Grand Prix de San Marin. C'est cette image qui restera, éternellement : Senna, devant tous les autres.

Biographie et Palmarès:

Brésilien, né le 21 mars 1960, mort en course à Imola le 1er mai 1994 - 161 Grands Prix de 1984 à 1994 - 41 victoires - 65 pole positions - 19 records du tour - 614 points marqués - Champion du monde en 1988, 1990 et 1991.

Source : "Pilotes légendaire de la Formule 1 - édition Tana - textes Xavier Chimits - 2006"

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