Alberto ascari

Au nom du père

D'abord, il y eut Antonio. Le meilleur pilote italien des années 20, fer de lance de l'équipe Alfa Romeo qui dominait alors le sport automobile. Chez Alfa, Antonio Ascari avait un jeune équipier qui s'appelait Enzo Ferrari. Le cadet admirait l'aîné. Pressentant l'essor du commerce automobile, Antonio avait profité de sa notoriété pour devenir concessionnaire Alfa pour toute la Lombardie. Sur ses conseils, Enzo Ferrari fit de même, en Émilie-Romagne. Ainsi commença l'ascension du Commendatore. Antonio Ascari n'en vit rien: il s'était tué lors du GP de France 1925 à Montlhéry.

Quinze ans plus tard, juste avant que la guerre n'embrase le monde, Enzo Ferrari fait débuter aux Mille Miglia, en avril 1940, les deux premières voitures qu'il a créés. Pour des raisons juridiques, elle ne peuvent porter le nom de Ferrari. L'une d'elles est pilotée par un novice âgé de 21 ans, Alberto Ascari, le fils d'Antonio. En 1947, Ferrari devient officiellement constructeur. Tout l'argent gagné en produisant, à l'unité, de rares voitures de route est réinvesti dans la compétition. Quand naît le Championnat du monde de F1, en 1950, Enzo Ferrari se sent assez fort pour aller défier Alfa Romeo. Il n'a pas à chercher bien loin pour trouver son premier pilote. Ascari, bien sûr.

Pendant deux saisons, Alberto ronge son frein. Au volant d'une Ferrari à moteur atmosphérique, il ne peut rien contre les Alfa suralimentées de Farina et Fangio. Mais il pose des jalons sur l'avenir en remportant en 1951. Pour Ferrari, la voie est libre. Commence alors le règne d'Ascari. il sera bref, mais fécond. Du GP de Belgique 1952 au GP de Belgique 1953, soit neuf course de rang, la F1 ne connaîtra qu'un vainqueur: Ascari ! Fangio, Clark, Senna ou Schumacher n'y ont rien changé:ce fabuleux record tient toujours, et ne sera probablement jamais battu. Si le destin avait été élégant, il aurait confronté Ascari et Fangio, les deux monuments des premières années de la F1. Mais les deux hommes n'ont jamais couru dans la même écurie, ni lutté à armes égales. En 1952, Fangio, blessé, est absent des circuits. En 1953, sa Maserati est trop fragile. En 1954, c'est Ascari qui n'est plus là. Il a signé chez Lancia, mais attend sa D50 toute la saison.

Alors, entre Ascari et Fangio, qui était le meilleur? Le débat dure encore. Mike Hawthorn, qui fut leur équipier, penchait pour Ascari: " Alberto était le pilote le plus rapide que j'aie connu. Plus encore que Fangio." Un jugement tempéré par Enzo Ferrari: " Quand Alberto était en tête, son style était su pur que nul ne pouvait le suivre. Mais dans le combat de près, il n'était pas assez guerrier."

En 1955, la Lancia D50 est enfin prête. A Monaco, premier Grand Prix de la saison, Ascari donne la chasse à la Mercedes de Moss. Au quatre-vingt-unième des cent tours que compte la course, alors qu'il aborde la chicane du port, il est leader virtuel: devant lui, Moss rentre péniblement aux stands, moteur cassé. Ascari n'a pas le temps de s'en apercevoir: il manque son freinage et plonge dans le Méditerranée ! Des hommes-grenouilles l'extraient de la Lancia qui gît par le fond. Alberto s'en tire à bon compte: nez cassé.

Les médecins lui prescrivent une semaine de repos. Il passe sa convalescence dans son appartement milanais, près de l'autodrome où, le dimanche suivant, il doit disputer les Mille kilomètre de Monza. Le jeudi matin, le téléphone sonne. Castellotti, son jeune équipier, lui demande sil peut faire un saut à Monza et le guider dans la mise au point de leur Ferrari 750S. Ascari accepte. Dans son esprit, pas question de piloter. La preuve, il quitte son domicile en cravate et complet-veston, sans emporter son casque. Mais après le déjeuner, il oublie ses sages intentions et demande à Castellotti de lui prêter son casque. ce dernier tente de le dissuader: "Après un accident, il faut vite remonter en selle, répond Ascari. Sinon, le doute s'installe."

En regardant la Ferrari s'éloigner, Castellotti voir la cravate d'Ascari battre au vent. deux fois, la 750S passe devant les stands. Il n'y aura pas de troisième fois. Ascari s'est tué dans la courbe de Vialone. Panne mécanique, déchappage d'un pneu, défaillance physique consécutive au choc reçu à Monaco? La cause de sa mort n'a jamais été élucidée. Alberto fut enterré aux côté de son père. Il avait 36 ans. Exactement l'âge d'Antonio Ascari quand il s'était tué. trente ans plus tôt presque jour pour jour.

Biographie et Palmarès:

Italien, né le 13 juillet 1918 et mort en essais privés à Monza le 26 mai 1955 - 32 Grands Prix de 1950 à 1955 - 13 victoires - 14 pole positions - 11 records du tour - 139 points marqués - Champion du monde en 1952 et 1953

Source : "Pilotes légendaire de la Formule 1 - édition Tana - textes Xavier Chimits - 2006"

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